Annoncée comme une révolution couplée à l’instant payment, le e-CFA devrait voir le jour dans les prochaines années au sein de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).Cette monnaie numérique émise par la BCEAO serait une innovation majeure au regard de l’interopérabilité et de la connotation digitale qu’elle incarne.

Le succès de cette tendance tiendrait à l’adoption massive du numérique et à l’adhésion forces en présence : acteurs majeurs de l’écosystème des paiements.

En revanche, le contexte géopolitique/ structurel incertain constitue une zone d’ombre somme toute difficile à éclaircir.

Ce préambule soulève une question majeure : le e-cfa est-il une opportunité pour nos économies ? 

1-Le numérique redessine les contours du nouvel écosystème des paiements en Afrique de l’Ouest

Le taux moyen de bancarisation des pays au sein de la zone UEMOA est de 24%. Cependant, l’accès global aux services financiers est de 52 % (dû à l’usage croissant du mobile money) selon Financial Afrik. Cela dénote, une adoption vertueuse du numérique par les populations. Par ailleurs, la masse monétaire circulant hors des circuits financiers est une gageure. 

Également, on peut y voir une dimension psychologique voire culturelle derrière cette préférence de l’argent liquide (espèce) de la part d’un bon nombre d’usagers (au-delà de la fracture numérique). Le fiduciaire reste avant tout une question de confiance.

Le e-CFA devrait à terme réduire le taux de fraude (incluant la fiscalité) de blanchiment et de financement du terrorisme au sein de certains pays de l’Union dont la notation reste à améliorer par Transparency et ou figurant sur les listes grise et noire du GAFI.

2- Absence de visibilité sur l’adhésion des acteurs majeurs du système

Même si bon nombre de banques sous régionales ont adhéré au système régional de paiement en temps réel (PI-SPI) il n’en demeure pas moins que celle d’un nombre important de fintechs serait en pointillé. Toute chose égale par ailleurs, le e-CFA ne fera pas que des heureux. 

L’on pourrait imaginer à terme : 

-Des coûts supplémentaires pour les fintechs (autres que ceux de l’agrément pouvant atteindre jusqu’à 100 millions de FCFA et de l’intégration technique allant jusque 10 millions de FCFA avec PI-SPI)

-La gratuité des virements en CFA au sein de la région : déjà prévue avec la nouvelle tarification de la BCEAO pour les opérations nationales/transfrontalières via application mobile entre particuliers. 

-La réduction progressive des commissions en versées ou perçues en CFA ;

-La disparition progressive des frais de tenue de compte et aux autres frais additionnels dans la même monnaie représentant l’une des principales valeurs ajoutées créées par l’activité bancaire en l’état.

-La réduction de la valeur des synergies existantes (entre banques, fintechs et processeurs) et des fournisseurs d’Actifs Virtuels (cryptomonnaies, token …)

In-fine, cette annonce laisserait entrevoir un basculement dans le paysage financier ouest africain entre innovation et rupture. Outre cela, les contextes structurel et géopolitique ne sont pas moins incertains.

3-Contexte géopolitique et structurel imprévisible

Le Franc CFA n’a jamais été aussi controversé que durant ces dix dernières années sur les questions de la parité, de l’arrimage à l’euro et de la souveraineté.

D’une part, le Franc CFA est de plus en plus critiqué dans les États de la zone franc, avec un rejet renforcé au sein de l’Alliance des États du Sahel composée pour l’instant du Mali, du Niger et du Burkina-Faso (avec une tendance plutôt modérée en Côte-d’Ivoire, au Sénégal…). Ce rejet est le corolaire de tensions géopolitiques. On dénombre parmi les pourfendeurs de cette monnaie, les intellectuels, les jeunes et les politiques, et ce malgré l’érosion de l’influence française dans la gestion économique de la zone Franc. 

D’autre part, bon nombre d’acteurs économiques de haute volée estiment que le CFA est un gage de crédibilité. En cause, le Franc CFA assure une stabilité économique significative aux Etats membres et en sortir à brûle-pourpoint pourrait paraître utopique voire handicapant pour les affaires.

Dès lors, économistes, leaders d’opinion, universitaires, ONG, dirigeants africains … affichent des positions divergentes à ce sujet (remain or leave). 

L’institution ouest africaine a quant à elle opté pour la transition avec l’ECO. Cette monnaie devrait initialement voir le jour d’ici à 2027 et serait le fruit de réformes profondes de l’actuel Franc CFA. 

Toutefois, des points d’achoppement auraient été constatés en 2020 entre 2 organisations majeures à ce sujet : l’Union Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) menée par la Côte d’Ivoire et la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) chapeautée par le Nigéria (selon Jeune Afrique). Ces désaccords (empreints de leadership) porteraient principalement sur la souveraineté, la politique économique, les critères de convergence (inflation, déficit, dette), le calendrier et cetera. Ces éléments présagent un cadre institutionnel confus dans la sous-région ouest africaine sur le volet monétaire.

En définitive, le e-cfa, révolution numérique, comporterait les caractéristiques suivantes :

  • Facilitation de l’inclusion financière et de lutte contre la fraude/le blanchiment en zone UEMOA ;
  • Fragilité des forces en présence (banques, fintechs) ;
  • Involution au regard du contexte géopolitique incertain.

De fait, les constats sus mentionnés alimentent certaines interrogations :

Le e-CFA tiendra t-il ses promesses ? Quid de la pérennité des forces en présence ?

Auteur : Brice KOFFI