
Quelques chiffres clés sur les troubles de santé mentale

Aujourd’hui, 11% de la population mondiale (1 milliard) souffre de santé mentale et 1 adulte sur 2 connaîtra dans sa vie un problème de santé mentale selon Olivier de Schutter -Professeur de droit à l’UC Louvain et à Sciences Po- et rapporteur de L’ONU sur les droits humains et la pauvreté.
L’Afrique, naguère miroir du communautarisme et des bonnes mœurs commence à montrer des signes alarmants en la matière : selon l’OMS, près de 30 millions de personnes vivaient avec un trouble dépressif en 2020.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
1-La désintégration familiale : source silencieuse de symptômes dépressifs

Il est de notoriété publique que l’enfant est le père de l’homme. Or une société équilibrée passe avant tout par des familles équilibrées. Ces familles participent à l’équilibre émotionnel de leurs enfants. Autrement dit, les parents se doivent de remplir le réservoir émotionnel de leurs enfants (Gary Chapman, les cinq langages de l’amour) afin d’en faire des adultes épanouis. Encore, faut-il que toutes les planètes soient alignées.
Force est de constater que les cas de familles recomposées et de parents célibataires, pullulent au sein de nos sociétés. Selon certaines études scientifiques, la désintégration familiale serait la source principale des troubles anxieux, les symptômes dépressifs et les problèmes de comportement observés chez bon nombre d’individus. Ces personnes ont grandi tout en réprimant leurs émotions, leurs sentiments soit par manque d’affection soit par l’absence de présence parentale (le plus souvent paternelle).
Résultats des courses : ces individus sont plus enclins à déprimer face aux changements et aux épreuves du quotidien.
Goumin (chagrin d’amour dans l’argot ivoirien) peut-il affecter des personnes intrinsèquement équilibrées au point d’envisager le suicide ? Le cas échéant, le problème se situerait ailleurs.
2-Une classe populaire aux abois face à l’insécurité économique et sociale

Au niveau des classes populaires voire pauvres, la communauté et la solidarité ont toujours été des sources de bien-être jusqu’à ce que le sentiment de précarité, la peur de l’insécurité économique et de l’exclusion sociale deviennent de réels facteurs de risques de mauvaise santé mentale en Afrique. Autant, nos pays affichent des taux de croissance (PIB) élevés autant l’écart entre les classes aisées et les pauvres n’a pas rétréci dans les mêmes proportions. La gabegie, la corruption et les activités blanchiment d’argent ont rendu visible cette tendance au point de redéfinir les marqueurs sociaux communément appelés biens positionnels.
3-La course effrénée aux biens positionnels : un poison invisible

Les biens positionnels concernent le type de type de bien permettant aux uns de se distinguer socialement par rapport aux autres (voire donner l’illusion d’appartenance à une certaine catégorie sociale pour certains). Les classes moyenne et moyenne supérieure sont plus sensibles à ce phénomène. Généralement, cette catégorie est composée de personnes ayant un niveau d’instruction plus élevé que la première catégorie (avec une mentalité de plus en plus occidentalisée). Celle-ci s’est laissée happer par la recherche effrénée du toujours plus, la performance, la remise en question quotidienne mue par la comparaison sociale permanente. A ce stade, les marqueurs sociaux tournent autour du type d’école privée fréquenté par les enfants, le type de crèche, le lieu de résidence, le type de loisirs, restaurants fréquentés, lieux de détente et cetera. Cette spirale que très peu suivront (en raison du budget) finira par mener la majorité vers un état dépressif sans précédent. Ainsi, la course effrénée aux biens positionnels peut vite devenir un poison invisible. Et, très peu se rappelleront de ce passage inédit des saintes écritures ; Matthieu 6 :34 <<Ne vous inquiétez pas du lendemain >>.
4-Contraste apparent entre croissance économique et statistique morale

Certains sociologues ont réussi à établir une corrélation entre croissance du PIB et statistique morale (troubles de santé mentale, augmentation de suicides, absence de bonheur intrinsèque …). Cette relation est mise en lumière dans Morts de désespoir, l’avenir du capitalisme (Co écrit par Anne case et Angus Deaton). Cela se traduirait par l’écart abyssal existant entre les classes aisée et prolétaire laissant entrevoir au sein des catégories intermédiaires un sentiment d’effacement voire d’exclusion sociale. Ce sentiment conduirait à la baisse de l’espérance de vie de ces derniers.
Par conséquent, les grandes métropoles deviennent des repaires où cohabitent désormais deux mondes parallèles : l’un qui prospère et l’autre qui consomme, survit et s’appauvrit. En cause, la hausse drastique du logement, des transports et denrées de première nécessité.
5-L’Occidentalisation progressive des modes de vie et l’affaissement des valeurs morales

L’individualisme et la préférence de la famille nucléaire à l’européenne (au détriment de la famille élargie africaine) s’infusent peu à peu au sein de nos sociétés.
L’occidentalisation progressive de certains modes de vie constituerait un frein au communautarisme, à la solidarité et à l’épanouissement de nos sociétés. Même si la religion y occupe encore une place importante, l’on assiste à un affaissement criard des valeurs morales (au regard des récents cas de pédo criminalité enregistrés en Côte d’Ivoire).
6- Le milieu professionnel : Un autre nid à dépression

Dans les milieux professionnels africains, les rapports de force entre collaborateurs sont de plus en plus verticaux poussant certains à tirer sur la corde afin d’atteindre la performance voulue par les responsables hiérarchiques. Les activités requérant des tâches répétitives voire algorithmiques au quotidien et sans inventivité sont les plus touchées par ce fléau selon certaines sources. Dans un contexte où l’offre d’emplois n’est pas toujours abondante, la victime est souvent contrainte à réprimer ses besoins, ses difficultés et à sacrifier son équilibre personnel/familial sous l’autel d’une carrière parfois peu valorisée par l’employeur.
In fine, les ingrédients du burn-out sont réunis et toucher le fond n’est plus qu’une question de temps.
Qu’en pensez-vous ? Existe-t-il une constellation de solutions à ce fléau ? si oui lesquelles ?

